Accueil Forum Khâgnes Ulm Réforme de l'option histoire et géographie d'Ulm Répondre à: Réforme de l'option histoire et géographie d'Ulm

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Avatarjcjolly
Participant

Chers collègues,

Suite à la réunion du 17 décembre 2015 concernant l’option histoire-géographie à Ulm, une proposition a été faite et soulève d’ores et déjà de nombreux points problématiques qui ne laissent pas d’inquiéter les professeurs concernés quant à la pérennité de leur service de géographie dans ce type de classe. J’en rappelle plus bas le contenu en précisant mes propres doutes et inquiétudes et en faisant des contre-propositions.
Il est urgent que nous puissions débattre, librement et en direct, entre professeurs ayant les classes concernées, le plus simple étant de d’avoir accès à une liste de diffusion contenant les mails de tous les professeurs ayant en charge des classes de khâgne Ulm. En effet, le forum sur le site de l’Ap-Géo n’est, de fait, jamais consulté (même si c’est dommage). Si l’on s’y cantonne, personne n’entendra personne.

Il s’agirait de proposer un choix à l’écrit entre d’une part une dissertation de géographie de 6 h, et d’autre part une épreuve combinée (commentaire de document d’histoire + introduction et carte de synthèse en géographie). A l’oral, on retrouverait les deux épreuves existantes (commentaire de carte ou commentaire de document d’histoire) mais avec une restriction de taille pour la géographie: le commentaire de carte ne serait proposé qu’aux candidats ayant choisi la dissertation de géo de 6 h et non à ceux ayant choisi l’épreuve combinée. En d’autres termes, le choix de l’épreuve combinée à l’écrit interdirait de choisir le commentaire de carte à l’oral, privant ainsi mécaniquement les professeurs de géographie d’une part décisive de leur vivier, et menaçant d’asphyxier purement et simplement cet enseignement sous l’effet du sous-effectif.

Plusieurs points problématiques sautent donc immédiatement aux yeux et ne sauraient être maintenus tels quels sans mettre en péril la géographie à Ulm:

1/ Les notions d’optionnaires d’histoire et d’optionnaires de géographie utilisées dans la proposition du 17 décembre sont incompatibles avec la notion d’option histoire-géographie.
L’option est, en droit, une option d’histoire-géographie. C’est notamment ce qui ressort du fléchage ente écrit et oral imposé aux candidats : le choix de l’épreuve écrite de géo (en l’état actuel) débouche sur un choix entre commentaire de carte et commentaire de document historique. C’est donc qu’il y a bien une seule option histoire-géographie, avec un choix possible à l’intérieur de l’option. Or, la formulation proposée laisse entendre qu’il y aurait désormais 2 options séparées (!?) (histoire d’un côté, géographie de l’autre), alors qu’il s’agit en fait d’organiser le choix des étudiants à l’intérieur de l’option histoire-géographie. Distinction capitale, car s’il existait à Ulm une option géographie séparée de l’option histoire, cela signifierait la disparition pure et simple de la géographie dans bien des lycées préparant l’option, tant les géographes y sont, de fait, minoritaires et en nombre si faible qu’il ne saurait justifier à lui seul le maintien d’une option séparée. Par exemple, je prépare cette année à Pothier 6 étudiants à Ulm A/L, dont 5 historiens. Je ne peux espérer faire vivre une option géographie à 1 étudiant. Mon cas n’est pas isolé en France (à part peut-être sur la Montagne Sainte-Geneviève:)
Il faut donc impérativement réaffirmer le principe d’une seule option histoire-géographie, et donc d’optionnaires d’histoire-géographie, seule formule acceptable, avec, à l’intérieur de l’option, des choix possibles (comme actuellement, mais enrichis).
Ces choix se font au moment de l’inscription au concours (entre décembre et janvier) et supposent que la formation proposée leur donne effectivement la possibilité de connaître, tester et choisir en connaissance de cause les types d’épreuves auxquelles ils souhaitent s’inscrire.
Pour permettre ces choix, des horaires nationaux sont prévus pour l’enseignement de la géographie (4h hebdomadaires) et de l’histoire (3 h) – horaires non fractionnables et qui ne sauraient être mis en débat.

Or, ces choix doivent être équilibrés et symétriques, tant pour les futurs historiens que pour les futurs géographes. C’est le principe même d’équité. Parlons en :

2/ La solution proposée crée une restriction tout à fait injuste entre deux choix inégaux (voir supra):
– d’une part, ceux, réputés « géographes », qui n’auraient pas le choix: dissertation de 6 heures à l’écrit + commentaire de carte à l’oral (sans qu’ils aient la possibilité de choisir le commentaire de document d’histoire à l’oral, sauf à s’inscrire comme « historiens »)
– d’autre part, ceux réputés « historiens », qui, eux, auraient le choix à l’écrit entre deux types d’épreuves (la dissertation pure ou l’épreuve combinée, qu’il reste par ailleurs à définir), mais pas de choix à l’oral (le commentaire de document d’histoire imposé).

Cette organisation, de fait, scinde l’option histoire-géographie en deux options (histoire ou géographie), dotées de possibilités de choix inégales, sans même envisager qu’un étudiant à tendance historienne puisse, tout en choisissant l’épreuve combinée à l’écrit, préférer le commentaire de carte à l’oral. Or, nul besoin d’être historien pour ne pas aimer le commentaire de carte, et nul besoin d’être géographe pour l’apprécier.

S’il doit donc y avoir choix, celui-ci doit évidemment pouvoir embrasser tous les croisements possibles ente les deux types d’écrit et les deux types d’oral à l’intérieur de l’option histoire-géographie, ce qui donnerait 4 cas de figures possibles (et non trois), et respecterait pleinement le principe d’une option histoire-géographie dotée de choix équitables:

Option histoire-géographie: 4 situations possibles:
écrit : dissertation géo 6h / oral : commentaire de carte
écrit : dissertation de géo 6 h / oral: commentaire d’histoire
écrit : épreuve combinée / oral : commentaire de carte
écrit : épreuve combinée / oral : commentaire d’histoire

Avec une telle configuration, les étudiants ne seraient pas enfermés dans des choix a priori et pouraient optimiser leur décision au moment de l’inscription, à l’intérieur de l’option histoire-géographie, et donc sans remettre en cause le principe de fléchage entre option d’écrit et option d’oral.

3/ L’épreuve combinée.
D’autres difficultés surgissent quant à la définition d’une telle épreuve.
Réunir ensemble deux épreuves très différentes de trois heures dans un format de 6 heures ne me semble pas crédible, par comparaison avec les autres épreuves au concours (où la dissertation demeure un standard, sauf en langue ancienne).
Cela entraînera pour nombre d’étudiants le sacrifice d’une des deux matières, expédiée en une heure ou deux. On peut imaginer le devenir de la géo dans un tel dispositif: la partie géo servira juste à emmerder les historiens et sera traitée avec le plus souverain mépris. Bonjour la motivation.
L’épreuve combinée constitue donc un mirage teinté d’histoire pour satisfaire nos collègues historiens, mais un piège pour ceux qui s’y hasarderont. Ce n’est pas servir la cause des étudiants, notamment dans la perspective de la préparation des concours d’enseignement qui leur imposeront la dissertation complète de géographie (et, dans le cas de l’agrégation d’histoire, un commentaire pur de document en histoire).

Parlons enfin du contenu de la partie géographie de l’épreuve combinée.
Une introduction sans développement (!) associée à une carte de synthèse sur des questions qui ne s’y prêtent pas forcément… Quel drôle d’épreuve sommes-nous en train d’imaginer là?
Si l’intro n’a pas de développement, alors ce n’est, par définition, pas une introduction. De quoi s’agit-il alors? D’une ébauche? D’un faux départ? De belles formules?
Cette intro serait-elle censée introduire un développent qui n’existe pas, ou encore une carte de synthèse ? Mais une carte se passe d’introduction rédigée (c’est une légende organisée qu’il lui faut)…
En outre, les membre du jury de géographie d’Ulm (A/L et B/L) nous rappellent tous les ans que, si une production cartographique de qualité est attendue, elle n’est pas tenue de prendre la forme d’une carte de synthèse, d’autant moins que certaines questions et certains sujets ne s’y prêtent absolument pas. La contradiction entre ces attentes réitérées du jury et la nouvelle épreuve proposée semble difficilement tenable.

S’il doit y avoir une épreuve écrite combinée, pourquoi ne pas proposer, à la place de cette épreuve bâtarde peu crédible et bricolée, un sujet court à traiter intégralement en trois heures? Cela nécessiterait de poser des sujets moins ambitieux, et de restreindre les attentes en terme de volume. Le candidat serait libre, comme pour la dissertation, d’y inclure des productions graphiques de son choix. Cette solution aurait le mérite de s’assumer comme une épreuve cohérente courte, mais complète, et de ne pas faire de bricolage hasardeux. Le format de trois heures n’a rien d’infamant par ailleurs, dès l’instant où l’on s’y prépare(nombre d’épreuves se limitent à cette durée, à Ulm ou ailleurs).

Veillons à ne pas faire de l’option histoire-géographie une usine à gaz encore moins attractive qu’elle ne l’est aujourd’hui ! Tout le monde risque d’être perdant, en faisant de l’histoire-géo un épouvantail à moineaux. La géographie doit conserver sa place, à l’écrit comme à l’oral, tout comme l’histoire. Ne nous laissons pas manger tout crus.

Bien cordialement, et en espérant des réactions,

Jean-Christian JOLLY
Khâgne et hypokhâgne, A/L et B/L
Lycée Pothier, Orléans.
06 89 29 99 60

  • Cette réponse a été modifiée le Il y a 4 années, 11 mois par Avatarjcjolly.